Ma vie en (p)rose


Redécouverte



*Clac !*

Le bouton Play est enfoncé, les roues crantées tournent tranquillement, et la bande noire défile à travers le bleu de minuit. Petit crépitement, quelques grésillements, puis quelques tons colorés qui se posent à travers les notes douces envoyées par les écouteurs. La nostalgie s'installe, doucement, prend l'esprit, le fait tournoyer. La vie disparaît aux alentours, et à travers le son vieilli qui traverse sa tête il se met à rêver à l'imparfait du subjectif. Retour vers un passé personnel, où toutes les craintes n'existaient pas. Retour également à un passé qu'il n'a jamais connu et dont il a la nostalgie. A cette époque, la technologie était une chose merveilleuse qui devait rendre la vie meilleure. La naïveté le traverse, et il nage au milieu des bancs de rêveurs porté par son imagination.

Allongé sur l'herbe, les yeux rivés vers le ciel, il joue avec ces supports de plastique dans lesquels sont confinés des airs légers, des mélodies flottantes, et une harmonie spirituelle. Il ferme les yeux. La musique emplit son âme, elle le berce, elle le vole à la terre, le fait monter au dessus des nuages, puis le lâche en chute libre. Bouffée d'adrénaline. La vitesse de la propagation de la substance dans tout son être est impressionnante. Cueilli en plein vol par quelques double-croches, il se laisse porter dans un vent frais et vivifiant, survole les étendues vertes, fait des piqués dans l'azur, et de ses yeux rieurs il nargue la vie. "Je ne fais plus partie de toi. Je vis ailleurs."

 

 

 Un petit coin de paradis

...Contre un coin de parapluie ?



Non, juste contre un lambeau de temps, celui qu'on investit trop souvent pour des choses que l'on considère comme utiles. Parfois, prendre son temps, dérouler ses écouteurs dès la sortie des cours et marcher vers nulle part peut faire énormément de bien. Tous les mercredis se déroule pour moi l'heure fantastique, celle qui s'étire pour qu'au final quand l'emploi du temps reprend ses droits je sois totalement détendu, euphorique... Celle qui permet de laisser le flou envahir ma tête dès les premières notes, et me fait me diriger d'un pas somnambule vers les bords des quais. En surplombant l'eau, la vie paraît couler comme les ondes qui se déroulent, voluptueuses, sous mes yeux de rêveur.

Les cheveux caressant le visage, pousser les barrières de fonte que personne n'ose franchir, faire quelques pas d'équilibriste sur les bords glissants du canal qui mène au port. Regarder les passants amusés lancer quelques mots: injonctions, conseils, discussions ou moqueries, peu importe.

Leur sourire quoi qu'ils disent, leur montrer une indifférence qui les fera soit se taire, rire ou esquisser un nouveau sourire; qui ne fera que du bien, en somme. Et du regard le plus pur qui soit, continuer à se laisser bercer à la fois par les flots, la mélodie et le vent, suspendu à la barrière comme un enfant qui se réfugie dans son monde.

Ça, c'est une expérience formidable.

Désormais on peut penser que je ne suis qu'un sale glandeur inutile, un pseudo-artiste dans une société qui n'en a pas besoin, mais peu importe. Je préfère ça au stress de la vie rationnelle qu'on offre aux élèves studieux qui ne vivent que pour l'argent qu'ils sont censés obtenir plus tard.

Profiter de la vie, c'est une aspiration qui me tient beaucoup plus à cœur, car nous n'en avons qu'une, rien n'est plus précieux que ce présent unique, et chaque regret, chaque minute de perdue, ce n'est non pas de l'argent qui s'envole, mais une vie qui s'enfuit. Maintenant, vous pouvez toujours laisser votre vie tomber au plus profond de votre mémoire et récolter cet argent. Celui que vous n'aurez plus le temps de dilapider sinon en choses futiles, ou pour l'héritage de vos enfants qui s'en serviront d'une façon dont vous ignorez tout, le fait reste le même. "L'argent est la racine de tous les vices." Même les Africains sont plus heureux et moins stressés que les Européens...

Je persisterai à croire que capter la beauté d'un monde qui n'y fait désormais plus attention, se satisfaire des choses que les autres croient simples car ils ne les côtoient que trop rapidement et superficiellement, prendre le temps d'apprécier, de se laisser porter par ses émotions, laisser naître et s'envoler les sentiments, flotter dans l'air enivrant des saveurs de l'existence, ça c'est une vie qu'on honore. Savoir respecter et admirer toute forme de vie, vivre en osmose avec cet environnement qui berce l'humanité depuis le début.

Et participer le moins possible au matricide...

La perfection des études ?


Voici l'histoire d'un rêve éveillé qui, je l'espère, stimulera votre imagination au niveau scolaire.
Lors de notre habituelle discussion, une amie et moi avons dérivé jusqu'à un sujet qui m'a fortement intéressé:


Si nous devions choisir les matières qui nous sont enseignées, lesquelles prendrait-on ?


En partant sur une base d'au minimum 28h de cours obligatoires par semaine, le but étant de choisir non pas les matières dont nous pensons avoir le plus besoin lors de la suite des études mais bien celles qui se révèlent être pour nous les plus intéressantes et passionnantes, si bien que les cours deviendraient un loisir et empliraient l'âme de l'élève d'une réelle envie d'apprendre et développeraient chez lui des capacités extrêmement développées. Cela donnerait des élèves formés à grands coups d'envies et non de cours langoureux, voire lancinants.




Pour ma part, je pense que la quintessence du savoir-passion serait apportée par cet ensemble de cours :


1. Anglais. 6 heures.
Car dans la langue d'Edgar Allan Poe, je vois la perfection des sonorités, la beauté et pourtant la facilité de langage, et la liaison universelle.

2. Sciences de l'âme. 4 heures.
Matière permettant d'étudier les recoins de l'âme humaine, la construction de la conscience depuis la naissance, et les besoins fondamentaux de l'âme pour se sentir en homéostasie avec son environnement...

3. Écriture d'invention. 2 heures.
Car le partage des émotions, des sentiments, des envies, et de tout ce que l'on ressent doit être facilité par des cours pratiques sur le développement stylistique et personnel de chacun, la seule difficulté de ce cours étant de tomber sur un professeur capable d'apprécier tous les styles de manière objective et de les traiter, de les aider à se développer jusqu'à l'apogée de l'expression de chacun...

4. Sciences de la Nature Humaine. 2 heures.
Les études les plus difficiles à supporter sans se croire supérieur, et les plus passionnantes. Étudier le comportement de l'être humain envers ses semblables sans s'élever à la place de spectateur méprisant n'est pas chose aisée.C'est pourtant ce qui arrive trop souvent en sociologie...

5. Étude d'expression. 2 heures.
Qui se rapporterait plus au Français de seconde et première; analyser des textes et en tirer tout ce qu'il nous est possible de retenir, afin de développer un sens fin de la compréhension littéraire.

6. Histoire. 4 heures.
Pour ne pas reproduire les erreurs du passé et savoir d'où nous venons.

7. Espagnol. 2 heures.
Car c'est une langue qui a fini par m'attirer malgré sa sonorité horripilante ; il aura tout de même fallu quatre ans pour que je m'y fasse et creuse un peu plus loin.

8. Sports. 4 heures.
"Mens sana in corpore sano"

9.Enseignement scientifique. 1 heure 30.
Afin de comprendre les vérités rudimentaires de la marche du monde.

10. Mathématiques et informatique. 2 heures.
Avec un professeur adapté à un environnement dans lequel l'esprit ne serait pas scientifique mais plutôt stimulé par l'envie de comprendre les choses plus profondes telles que le Nombre d'or, ou toute autre motivation ayant trait à une réflexion ouverte, tant qu'il y a quelque chose à l'horizon...




Je laisserais un nombre d'heures de cours léger afin de permettre de réaliser, en dehors, toute sorte d'activité libre et permettant l'épanouissement personnel.

29 heures et 30 minutes, 8 heures de langue, 6 heures de compréhension humaine, 4 heures de littérature, 4 heures d'histoire, 4 heures d'activité physique, 3 heures et 30 minutes de sciences.

Et vous, si vous pouviez en décider, lesquelles choisiriez vous ?

"Mother should I build the wall ?"

Je me reconstruis, pour le troisième fois.
Il fallait bien, car cette fichue tête commençait à devenir plus bordélique que Windows.



Pour tout dire, beaucoup de choses me poussent à évoluer.
Évoluer est un terme approprié même s'il s'agit d'une régression vers une façon de voir qui pourrait toutefois me faire sortir de cette déprime. Celle qui commence à s'installer malgré tout, que je réussirais à chasser, même si je sais qu'avec cette nouvelle garniture dans ma cavité cérébrale rien ne changera en mon apparence. Je suis et resterais un mur pour ceux qui ne savent pas m'aborder. Et tous mes sourires, tout mon enthousiasme n'est que partie intégrante de ce mur.



Tout est que j'ai mis à la porte ces petits plaisantins que sont la paranoïa, les peurs et la tendance à dériver vers une tristesse superficielle, j'ai installé ce qui m'est le plus cher sur un trône, j'ai passé le balais sur les peaux mortes d'hier, j'ai rangé mes peurs, fermé les tiroirs, détruit les clefs et mis le feux aux armoires, et j'ai enfin dévoilé le masque qui me sied le mieux, celui que j'ai porté toute ma vie recouvert sous une épaisse masse d'autres visages, qui n'étaient jamais que le reflet d'une vie fanée.
Et je ne le dévoilerais qu'à une personne.

J'ai retrouvé ce gout des choses, qui me manquait.


Je sais que désormais je bâtirais une vie qui me plait, où chaque chose a sa place, où tout le flou artistique reste présent mais d'une façon plus voluptueuse. Je ne suis plus seulement six pieds sous terre, je peux désormais m'élever jusqu'au septième ciel. Rien n'est perdu de cette attitude prosaïque et de ce réalisme qui se lancent dans des élans inspirés, car je ne suis malgré tout qu'un mélange de rêves et de réalités.

Vivre simplement.

Tel a toujours été mon plaisir.

Je me demande toujours si ce n'est pas égoïste, mais on est jamais aussi inspiré que quand on parle de soi-même, car c'est ce que l'on connait le mieux. On peut décrire mieux que personne ce qu'on a en nous, et j'ai appris à me connaitre, même si ce fut difficile. J'ai compris inconsciemment que je me déguisais, que chaque masque reflétait une frustration ou une peur, et qu'au final nul ne me connait. On a beau se croire mes meilleurs amis, je ne révèle jamais tout. Car moi même ne suis pas au courant de ce que je pense.

J'en vois déjà certain dire "Pouarf, n'importe quoi l'autre eh il se prend pour un chaman ou alors il est trop con pour comprendre ce qu'il pense lol", mais non. J'aimerais vraiment me comprendre, mais je sais que si tel était le cas alors j'en souffrirais énormément. Mon inconscient est si grand que ma partie consciente n'y pioche que ce qu'elle veut. Car non, toutes les choses ne sont pas bonnes à comprendre. Puis j'ai compris qu'au fur et à mesure les espaces vides se comblent, et que les espaces remplis se rétractent, à une vitesse vertigineuse. Cette explosion dans ma tête, on appelle ça émotions. Alors je mens, je me cache, j'ai peur, mais je reste ce garçon timide, fier, arrogant, drôle, stupide, ridicule, sympa, chiant, doué,...

Tout dépend des masques.

Absolument tout.





Chacun me donne une personnalité différente, que cela soit passager ou se perpétue dans le temps. En ce moment même, on est venu me voir, me dire qu'on avait réalisé que sur les photographies qui défilent en bas j'avais toujours ce grand sourire sincère, qu'on ne voit plus que rarement. Période bénie de l'innocence, j'étais encore cet être immaculé, lavé de tout soupçon, vivant simplement et appréciant la solitude, cachant déjà un mal être profond sous des costumes.



Cal nul ne le sait, mais au fond je souffre réellement de cette hypersensibilité, de ce petit être fragile que je suis, à l'intérieur de ma coquille. Seulement je ne veux pas déranger, alors j'adopte un profil que tout le monde peut supporter. Je m'adapte à votre humour, quitte à déclamer des stupidités qui au final n'avaient rien de drôles, mais que tous ont perçues comme telles.

Je suis des vôtres.

Car il faut survivre.





Mais un jour je m'émanciperais, je partirais loin, seul ou avec la personne qui sera capable de me comprendre vraiment. Et ce jour je l'attend. Je ne rêve que de ce que je peux réaliser. Le reste passe dans la trappe aux ingénus, et la partie restante est enterrée encore plus profond, car ce n'est pas ce que je veux vivre.



La liberté, le souffle du vent, les cheveux qui volent, les grandes falaises sombres, le rêve bleu qui s'éclate contre le couteau des falaises... un accomplissement.



Je sais que personne ou presque ne se donnera la peine de lire tout ceci, on appelle ça l'auto-psychanalyse. Parler dans le vide, se croire entendu, finalement...
Et même si vous avez eu le courage de tout lire, je ne pense pas que vous eussiez compris ma façon de penser et d'être sous tous ces artifices...

Si jamais vous y arrivez, dites le moi et aidez moi à relever la tête.

Je vous en supplie.

Une autre journée

La nuit fut courte, malaisée, peuplée d'un mélange de peur, de désespoir et d'incompréhension. Quand il se leva le matin suivant, il n'avait presque pas fermé l'œil. Tandis que ses jambes affaiblies par cette carence de sommeil avaient du mal à supporter tout le poids d'un corps endolori par la peine, le courage de commencer cette journée perdue d'avance le faisait avancer.

Seul dans les ténèbres d'un soleil peinant à se lever, il restait immobile, encore terrassé par cette épreuve qu'il espérait ultime, Le flot de sensations était emballé par cette mélodie lancinante qui défilait dans sa tête: "Hide In Your Shell" était approprié. Soudain les lumières de phares annonçant la fin d'un espoir tranquille surgirent au tournant. Quoi de plus traître qu'un bus ? Ce qui vous accueille somptueusement dans son intérieur chaud et confortable pour vous déposer dans ce lieu qui forcera votre mémoire et votre perception pour une longue journée ?

Ses pas claquaient contre le pavement humide sur lequel se reflétaient les lueurs cruelles de la ville. Il suivait les nuances bicolores qui le menaient vers les entrailles criantes de ce lieu où se pâment les furies muselées de conventions, où se montrent ces monstres qui luttent contre leurs pulsions, où ce manège carnassier où se pavanent les gibiers consentants sous leur panache de couleurs artificielles prend place. Une expression de dégoût passe sur son visage. Mais il croise des ombres. D'autres perdus se mettant à l'écart pour des raisons dont ils sont les dignes gardiens, se cachant également sous un masque inébranlable. Le soleil commence à se lever à travers les fines fenêtres nervurées de métal froid.

"Un éclair... puis la nuit !"

Ouvrant doucement les yeux, éveillé de sa transe d'apprenti par ce vacarme, il saisit son sac et sort, libre pour deux trop courtes heures.

Commence alors le long voyage initiatique.

Il ne saurait lui-même le résumer, dans sa tête se bousculent des souvenirs trop flous, quelques larmes et quelques sourires. Plongé dans une mélancolie qu'il aime tant, il a arpenté le fleuve d'un horizon perdu. Il le savait, il pensait...
Il connaissait trop une rive, mais l'autre restait encore inconnue.
Alors à force de détermination il l'a traversé, ce grand canal au courant si fort qu'il emmène et perd les souvenirs; et désormais, il peut clamer que ce qui nous manque, que ce qui nous semble inaccessible, et ce que l'on atteint finalement est réellement plus appréciable. Quand on tient dans sa main l'or d'un temps révolu, la plus grande richesse qu'on a perdu, on peut alors pleinement savourer le temps. Il s'était d'ailleurs arrêté, tout était suspendu, et le regard posé sur les ondes d'une eau vivifiante il avait plongé l'espace d'un instant dans l'infini. Perdu dans une contemplation muette, ce côté inconnu de la rivière l'avait emmené loin, bien plus loin qu'on ne peut imaginer. Le temps s'étire, mais ne casse pas. Il est un présent qui nous fait apprécier les choses. Ne le gaspillons pas.

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